1 mar. 2012

LA BOUTEILLE

(Traducción al ESPAÑOL en LA BOTELLA)
Publié dans Apenas unos minutos;
Madrid, Ed. Clara Obligado, 2010.


            Le parfum des légumes, sautées dans le wok s'évapore depuis le feu et se répand à travers n'importe quelle rue du quartier chinois. Assise sur ses talons, avec un kimono fuchsia, une prostituée prépare le plat qui donnera à manger sur son ventre à l'homme qui viendra l'après-midi. Elle placera là son ragoût, déjà tiède, en file; depuis la vallée qui surgit entre ses seins jusqu'à son pubis rasé et lui, il léchera peu à peu avec mélancolie chaque bourgeon de soja et chaque morceau de bambou à la recherche d'une seule saveur à chair ouverte.

     Depuis la pénombre de l'entrée, une fille l'observe. Elle poursuit, avec ses yeux noirs, chacun des mouvements délicats des baguettes contre le métal. Elle s'abstrait et vole vers d'autres mondes où il y a des cerisiers avec des formes inattendues qui la serrent et après l'enterrent avec un baiser sur ses paupières. Elle revient à la chambre, ne s'intéresse plus au rituel de sa mère et se concentre sur le va-et-vient de l'extérieur. Sa petite épaule se repose contre le bois chaud du jambage. Elle place son pied droit sur la sandale gauche et la douleur lui rappelle la nuit où, en cachette, elle déroula ses pieds et ses petits orteils déformés n'étaient plus beaux.
      
      Les passants parcourent les trottoirs comme s'ils marchaient étrangers à leur propre présent. Un jeune, avec un dossier sous sa main et un regard perdu, donne un coup de pied à la bouteille. La fille entend le son du verre et tourne son visage de riz vers le sud. Celui-ci se pose sur une vieille femme qui marche contre le flux de ce fleuve humain. C'est une femme âgée que, avec ses yeux entrouverts, s'arrête devant la bouteille. La bouteille vide.

     Lorsqu'elle lève son regard elle trouve le regard fixé de la petite. Elle lui lance un sourire et celle-ci rougit. Alors, toutes les deux regardent vers le sol: la bouteille vide qui roule. Dans cet univers de verre, la fille voit voleter un papillon, tandis que la vieille femme croit apercevoir un dragon. Là dedans, le papillon a peur du dragon et il s'envole très vite, en se perdant parmi la foule. La bouteille vide roule jusqu'à un égout.

      À l'intérieur de la maison, le wok accueille le ragoût de l'amour  et ses vapeurs se sont presque dissipés. La fille sent les derniers vestiges et rêve d'un jour où elle poursuivra ce papillon loin, très loin, là où il voudra la conduire. La bouteille vide roule jusqu'à un égout de Soho.

     Le client impose sa présence depuis le seuil rouge et mauve. Sur les tatamis rigides, l'après-midi se cuit avec du sake et des baguettes en ébène. La bouteille vide roule jusqu'à un égout de Soho et elle glisse à travers une fente.

      Afin que l'homme plein de désir s'enfonce tout au fond de sa maison, la fille s'écarte. La femme lève son visage. La petite fixe son regard sur cette rue là et, très lentement, elle sort d'une poche deux petits morceaux de coton. Elle les place dans ses oreilles. La bouteille vide roule jusqu'à un égout de Soho, se glisse à travers une fente et tombe dans le vide.







      LA BOUTEILLE, por Mª Pilar Álvarez Novalvos.
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