20 feb. 2012

MON POULPE

(Traducción al ESPAÑOL en MI PULPO).
Publié dans Jonás y las palabras difíciles;
 Madrid, Ed. Clara Obligado, 2010.

À Jaime.
Parce qu'un jour il m'a fait découvrir
la présence du nombre  Φ
dans la Nature.


         Mon animal de compagnie est un poulpe. Et je l'ai bien caché sous les basques de mon lit, dans un aquarium avec une lumière de néon. Mon poulpe n'est pas rose et il a un tentacule de plus avec lequel, pendant que j'écris, il fait des huits dans ma tête et moi, j'entre dans un nirvana plein de "globulopodes". Je me dé-ma-té-ria-li-se. Ma tête tombe sur le clavier de l'ordinateurrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr........................................................................................ et elle reste ici, clouée jusqu'à mon réveil où je découvre un petit fil de salive parmi les touches. C'est vrai, il appartient à une espèce rare, je dirais qu'il est amphibie, c'est pourquoi en dehors de l'eau il m'accompagne si bien.

        Il s'appelle Jean Louis et juste maintenant il est en train de me regarder.

       Au moment de lui lire ces lignes il a gonflé ses yeux comme des chewing-gums et il reste immobile en me regardant. Ensuite, il s'est mis à faire des acrobaties dans le dossier de la chaise que j'ai face à moi. Ce sont des signes, mais je ne sais pas de quoi; bien que pour l'instant il ne dise rien, je suis convaincue qu'un jour il parlera.

        Je me lève pour prendre de ma bibliothèque Shakespeare. J'ai l'hypothèse qu'il y a un fragment de Hamlet qui l'offense. Lorsqu'il écoute: "Quelque chose sent le pourri au Danemark", il se balance, reste pensif trois secondes, me crache et se suspend tête en bas comme une chauve-souris déçue. Avec une tristesse "hétérotrophe", je me nettoie de sa mucosité. Alors, il se rapproche de moi et il met ses ventouses sur ma joue en produisant des bruits réconfortants. C'est un céphalopode d'une très grande compassion bien que je ne sache jamais s'il garde un as dans sa manche.

       Je décide de l'instruire et je lui explique la suite de Fibonacci. Il laisse son regard suspendu dans le vide et un peu de salive glisse le long du quatrième tentacule. J'ai réussi à capter son attention. Le nombre d'or est chez La Joconde, je lui dis, chez La mer de Debussy..., partout dans la Nature, je lui éclairci qu'il suit la séquence 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21... Une larme lui échappe. Se saura-t-il  octopode irrégulier? Bien qu'il ne garde pas une Divine Proportion, je l'éclaircis, moi, je l'aime autant que les roses avec leurs pétales "doréement" proportionnés ou les trous noirs qui se refroidissent en suivant ce précieux 1,618033988...
       
        Quand il m'entend lui dire cela, il commence à pleurer de façon exponentielle et ses grosses larmes arrivent jusqu'au jardin. M'attendrissant par son pleure invertébré, je prends un petit mouchoir vert afin de lui "mimétisser" sa morve. Soudain, il entoure ma gorge avec toutes ses pattes et il commence à la serrer avec une force "surmolusque". Je le secoue plusieurs fois avec les cinq cents pages du Livre des bouliers, tandis que l'air rentre à peine dans mes poumons. Je me traîne jusqu'à la salle de bain à la recherche du sèche-cheveux pour parvenir à le paralyser mais, d'un coup, il se démêle de mes cheveux, il saute sur la lampe de la salle de séjour et il se met à siffler comme une perruche... J'ai besoin d'un Manuel sur le Poulpe, sinon un jour j'apparaîtrai morte... Si je réunissais le courage nécessaire, j'ouvrirais son intérieur pour regarder comment il fonctionne.

       Avec un biscuit María je réussis qu'il descend, paisible, sur mon bras. Je lui caresse son crâne mou et je lui dis qu'il ne s'inquiète pas de ne pas être parfait, que la perfection n'existe que dans le Monde Platonique des Idées...

        Je vais lui permettre qu'il dorme avec moi. Je l'appelle et il glisse sous les draps que je viens d'entrouvrir. Je lui fais des chatouilles dans ses aisselles. Jean Louis rit et de sa bouche occulte échappe une rafale de gaz. Confiant, il m'enrobe dans sa tendresse et il s'enroule entre les doigts de mes pieds. La nuit est calme. Sur l'oreiller j'observe sa silhouette: il a ses petits yeux fermés; je m'arrête pour écouter la cadence de sa respiration rêveuse et je pense que je l'aimerai pour toujours, bien qu'un jour il partira pour vivre dans l'aquarium d'une autre femme.





MON POULPE, por Mª Pilar Álvarez Novalvos.
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