5 ago. 2012

LE VOLCAN




     Les roues commencèrent à arrêter leurs tours le long de la piste. Au fond, attendait la courte douzaine d'invités avec leurs voitures de luxe. Jusque là descendaient les tonnerres incandescents du volcan qui depuis deux nuits souffrait d'insomnie; fait qui, à cause de se situer si loin de cette scène et au dos des invités, semblait n'avoir pas d'importance. Au moment d'ouvrir la portière, tous offrirent des applaudissements, des hourras et des bienvenues, bien qu'aucun parmi eux n'appartenait à la famille de la fiancée.

      De l'avionnette sortit le fiancé et il s'avança d'un pas pour prendre la main de la jeune fille, qui ignora son geste et souleva sa robe pour ne pas trébucher. Certains apprécièrent la contrariété sur le visage de l'homme et furent témoins de son insistance à la soutenir par la taille d'un bras ferme. Elle se libéra de l'autre main en lançant son bouquet envers deux filles qui étaient sur la terre et qui, dépourvues, observèrent comme le bouquet atterrissait sur la piste et se défaisait en feuilles et fleurs poussiéreuses.

       Pendant quelques instants, la redingote couleur sable et la robe droite en dentelle ondoyèrent sur l'aile chaude. Dans un essai pour récupérer son enthousiasme, il lui retira le voile afin de l'embrasser et il demanda une photo. Le tulle essaya de fuir mais cela fut empêché par un diadème de toutes petites roses blanches. 

       Ils montèrent dans une Rolls-Royce et quelques heures plus tard, après le dîner, les flatteries, les augures et les cadeaux, ils se retrouvèrent enfin seuls dans la chambre de leur immense proprieté. Neuf mètres de portes en vitre thermique protégaient l'intérieur de l'enfer nocturne. Il ne fallait même pas s'inquiéter des moustiques parce qu'avec une telle température ils seraient certainement morts.


       Le liège de la bouteille sauta dans le vide en remplissant leurs verres de bruit et d'écume. Ils firent tinter le cristal et burent sans se dire un mot. Il s'aperçut des gouttes qui étaient restées sur les lèvres de sa femme et en approchant les siennes, il demanda:

       - Tu t'adapteras à vivre ici?
      - Je ne sais pas-, et elle se leva avant que la bouche de son mari touchât la sienne.
      - C'est vrai que le climat n'est pas le même que celui d'Ukraine, mais j'ai préparé tout ce dont tu as besoin pour vivre heureuse-, il la regarda s'éloigner lentement.
     - Tout ici est immense, iyubov. Ma chambre avait trois mètres carrés et donnait vers une cour intérieure-, elle leva le verre et observa les bulles monter jusqu'à mourir à la surface.
       - Ici, tu as plus de mille hectares..., le jardin, la lagune, les écuries, les fôrets, les plantations  et...
    - Quand cet horrible climat sud-américain se refroidira-, elle l'interrompit-, je sortirai pour tout connaître.
       - Bien sûr...-, il s'approcha d'elle qui s'était appuyée contre la porte vitrée, et il l'attira vers lui.     
      - De quelle sorte sont tes plantations, iyubov? Il s'est passé cinq mois et tu ne m'as encore parlé des affaires qui t'ont conduit à l'Est de l'Europe...

         Il la regarda lascivement et au moment d'aller lui retirer le verre des mains, elle le retint avec force, liquide et cristal allant se fracasser contre le tapis en soie. Avec une vitesse douloureuse, il disparut dans la salle de bain et revint avec une serviette.

    - Cela n'a pas été mon intention-dit elle plus indifférente que contrariée.
     - Tu dois faire attention-, son ton devint cassant-. Chérie, il y a peu de choses que je ne supporte pas et une parmi elles est la maladresse. Tu vas devoir mettre beaucoup d'attention. Chaque chose que tu vois est extrêmement précieuse. Je ne sais pas si tu me comprends.

           Ces mots là assombrirent son esprit:

         - Ok.

        Elle ouvrit la porte du jardin mais le vent qui emportait les cris rocailleux du volcan incendia son visage et elle ferma tout de suite.

       - Viens ici-, ordena-t-il en se défaisant de la serviette trempée.

       Elle ne bougea pas. Elle resta en regardant l'eau calme et noire d'une lagune que, soudain, elle s'était rendue compte que lui appartenait.

        - Je t'ai dit de venir-, répéta-t-il plus doucement depuis le bord du lit, comme si ce ton là pouvait soudoyer sa beauté.

      À quelques milliers de kilomètres de son pays et bien que personne ne l'attendait de l'autre côté de l'océan, son désir de vivre avec un homme vingt-trois ans plus âgée qu'elle dont le corps le répugnait, parfois, lui amenait des remords. 

      - Donne-moi un peu de temps pour m'adapter, tu veux?
      - À cet endroit là?-, il s'approcha d'elle et l'enserra par derrière. Et, petit à petit, il la poussa délicatement jusqu'à la poser sur le lit. 

      De toutes façons, pensa-t-elle en cherchant l'interrupteur de la lumière lorsqu'elle sentit sur elle le poids de son mari, lui non plus, il ne savait pas avec qui il venait de se marier.

       Sous les draps, dans l'obscurité complète, le magma devenait des cendres.



VOLCÁN ARENAL. COSTA RICA



LE VOLCAN, par Mª Pilar Álvarez Novalvos
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1 comentario:

  1. Te he nominado al premio Liebster :). ¡Pásate a recogerlo en mi blog! :D

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